Pietà : Fait par des taulards pour des zonards

La dernière émission Sweatshop prouve une nouvelle fois que les marques de vêtements ne brillent pas toutes par la façon dont elles traitent leurs employés à travers le monde. Certaines détonent, c’est notamment le cas de Pietà, une marque de vêtements française qui a vu le jour dans les prisons péruviennes. Un projet social surprenant qui n’aurait jamais existé sans le talent et l’investissement de ces détenus et de Thomas Jacob, un jeune breton.

La reconversion fait son chemin en prison. Dans les ateliers de couture installés au sein de l’établissement pénitentiaire de San Jorge, de San Pedro (l’une des pires prisons au monde) et de la maison d’arrêt de Santa Monica, une quinzaine de prisonniers âgés de 20 à 50 ans façonnent des pièces uniques au quotidien. Cette activité leur permet de donner un peu de sens à leurs jours passés entre quatre murs, ainsi qu’un bonus pour leur sortie de prison. Chaque détenu perçoit 25 à 30% du prix de vente de sa création et perd une journée de détention par journée travaillée. Tout le monde a le droit de s’investir dans ce projet, des petites frappes qui ont pris 2 ans de placard aux tueurs à gages qui resteront coincés en «zonzon» pendant encore 15 ans. Le pénitencier pour hommes de San Jorge s’occupe de la partie maroquinerie ; les hommes de San Pedro et les femmes de la maison d’arrêt de Santa Monica sont en charge des broderies: à chacun son rôle.

L’homme derrière cette action sociale, c’est Thomas Jacob, un ancien étudiant en marketing à Paris qui a décidé de s’aventurer sur les terres latino-américaines. En 2012, une amie de l’Alliance française l’invite à assister à une pièce de théâtre jouée par les détenus de Santa Monica et San Jorge. «Ça a été une expérience incroyable ! J’ai rencontré des détenus super sympas, super ouverts, intelligents et cultivés», explique Thomas. L’État péruvien a approuvé et validé son projet très rapidement. Après coup, Thomas a avoué avoir été surpris par la motivation et l’engouement des détenus qui ont vraiment joué le jeu pour donner naissance à Pietà.

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De nouveaux candidats viennent chaque jour grossir les rangs de cette petite entreprise. Pour conserver un savoir-faire, les nouveaux sont formés par les anciens, une méthodologie chère aux gangs qui prend un nouveau sens dans ces ateliers. Le seul obstacle auquel la marque est confrontée est le manque de soutien financier: «nous fonctionnons en autonomie, sans aide extérieure donc le développement prend un peu plus de temps, mais c’est secondaire», explique Thomas Jacob. Un appui financier favoriserait néanmoins la poursuite du développement de Pietà, par exemple dans d’autres pays, afin de «profiter des spécificités et connaissances de différentes cultures à travers le monde pour produire de nouvelles pièces».

Pietà : le repentir par la couture

Pietà fait référence à l’œuvre de la piété du même nom de Michel-Ange, où la Vierge pleure son enfant. «C’est une scène très dure mais très humble : la Vierge accepte le destin, la volonté de Dieu. C’est ce que je ressens dans les prisons», poursuit le fondateur. «Les détenus acceptent leur destin, même les innocents, et supportent cette épreuve avec force et dignité». Tous les détenus ont la possibilité de s’engager dans le projet, le motif de leur incarcération n’étant un critère ni de sélection, ni de discrimination: «à l’intérieur de la prison, tout le monde est égal».

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Pietà compte une vingtaine de volontaires: il y a Zonia, Raùl, Fernando, Lucio (couture), Ana, Luz et Mily (tricot à main), Soraya et Karina (mailles machine), Milagros et Karina (broderie), Violetta (machine à tisser)… Et pour la maroquinerie (chaussures et accessoires): Hercules, Luis et Jonathan. Le seul à l’extérieur, c’est Thomas Jacob. Tous les détenus sont payés par pièce via un prix fixe mais réajusté en fonction du temps passé par le détenu. Mettre en place une rémunération mensuelle serait un peu compliqué, il y a souvent des activités obligatoires (rendez-vous avec des psychologues, avec des avocats, …), et certaines détenues travaillent le soir dans leur cellule comme Karina ou Milagros.

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Pour bien faire jusqu’au bout, toutes les créations de la marque sont réalisées avec des matériaux locaux 100 % naturels:  l’alpaga, le coton pima ou encore la laine de mouton. Tous les vêtements de Pietà sont disponibles à la vente sur le site web  de la marque: il faut compter environ 35 € pour un t-shirt et 120 € pour un cardigan en laine. Enfin, des boutiques physiques devraient voir le jour prochainement au Mexique, aux USA, en Espagne, en Allemagne et en Italie. En revanche, pour la France, il faudra attendre: «En France, personne ne nous a ouvert ses portes pour l’instant», regrette le jeune breton.

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