Sous les pavés : la culture et la jeunesse

Après une gueule de bois qui a duré tout le week-end. Gueule de bois due à une nuit noire plutôt qu’à l’habituelle nuit blanche, je prends enfin la plume et la trempe dans la plaie, encore ouverte, pour vous dire ces quelques mots.

Vendredi soir, certains désiraient seulement manger un des meilleurs Bob-Bun de Paris, au Petit Cambodge, d’autres voulaient seulement boire un verre entres amis au Carillon, d’autres voulaient profiter d’un accueil jeune et chaleureux à La Belle Equipe, d’autres voulaient partager une part de pizza, rue de la Fontaine au Roi et se sentir encore une fois princes de la ville. Enfin certains voulaient soutenir leur équipe et d’autres danser sur un rock endiablé sans penser à demain. À tous ces hommes et ces femmes qui n’avaient commis comme seul crime de vouloir s’amuser en toute liberté, le monde entier leur rend hommage de toutes les manières que ce soit et on les remercie milles fois.

Depuis ce week-end, que j’ai vécu cloitré, même lorsque j’étais à l’extérieur de mon appartement, et jusqu’à la minute de silence qu’il y a eu aujourd’hui, c’est le cœur lourd et l’esprit embrumé que j’ai pris conscience que rien ne changerait. Notre ville lumière continuerait de nous éblouir, même dans ces heures sombres. Nous avons désormais, et demain encore plus qu’hier, le devoir et le besoin de fêter notre vie. Nous devons vivre 130 fois plus, écouter 130 fois plus de musique, aller 130 fois plus au cinéma, au théâtre, au musée. Nous devons danser 130 fois plus, rire et profiter des dernières éclaircies sur les terrasses, 130 fois plus, manger et boire jusqu’à plus soif. Nous devons 130 fois, brûler notre vie par les deux bouts, se balader à poil Boulevard Saint-Germain-des-Prés, « graffer » les murs, « skater » les avenues, s’égosiller dans des karaokés et déclarer notre flamme à l’être qui hante notre cœur.

Si proches de ces instincts de mort, nous devons faire valoir nos vies.

Certains ont déjà commencé le sale jeu de la récupération, des accusations nauséabondes, des rages déguisées en réflexions fallacieuses. À qui profite le crime ? Aujourd’hui comme hier et probablement comme demain, j’en aurais clairement rien à foutre. Personne ne profite d’un tel crime, personne ne gagne lorsque des civils qui ne voulaient que vivre jusqu’au petit matin disparaissent dans le stroboscope d’un fusil semi-automatique qui pétarde. Les 8 salopards me dégoûtent, ceux qui sont planqués derrière eux, encore plus. Ils ne gagneront pas, ils ont déjà perdu.

Parisiens, parisiennes, français, françaises, hommes et femmes du monde, la tyrannie de la peur est à nos portes, mais la liberté reste dans nos cœurs. Je n’ai pas peur. « Fluctuat Nec Mergitur » : cette devise prend un sens différent depuis vendredi, pour paraphraser Joann Sfar, « ça signifie merde à la mort », merde à la terreur et oui à l’amour, la liberté et au partage.

A l’heure où la France attaque l’est de la Syrie, en ces jours étranges, je ne réclame que paix et tranquillité sur la terre.

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