Le mois de décembre est enfin commencé, et l’heure est au bilan… 2016 a été une année chargée en actualités émotionnellement lourdes, depuis la mort de David Bowie à la récente élection de Donald Trump. Mais était-ce vraiment une si mauvaise année ?

Jouons à un petit jeu :

Si je vous dis événements marquants de 2016, à quoi pensez-vous en premier ?
Pour ma part, je dirais élection de Trump, mort de David Bowie, de Prince et de Léonard Cohen, crise des migrants, l’attentat de Nice et le Brexit. Joyeux !

Autant événements qui m’ont donné un frisson de stupeur lorsque je les ai appris. Et en cette fin d’année, la rumeur monte : 2016 restera dans les annales marquée d’une pierre noire (!) comme 29, 33 ou d’autres années sombres de l’humanité.

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Du coup, je me suis amusé à prendre la page “année 2016” de Wikipédia pour me remémorer (et découvrir) les événements arrivés cette année passée, mais aussi les analyser et data-miner (chacun ses hobbies).

 

2016, l’année qui tue !

David Bowie, Prince, Leonard Cohen, Michel Delpech, Mohamed Ali, Shimon Perez (NDR: l’ancien premier ministre israélien, pas ma concierge), Fidel Castro et bien bien d’autres sont mort en 2016 !

Si nous avons les classiques accidents, type  Anton Yelchi (acteur dans Star Trek) mort à 27 ans dans un accident de voiture ou l’over-dose de la star du porno Amber Rayne, la grande majorité des morts restent de vieillesse ou d’origines naturelles corrélées à l’âge (comme le montre le cortège de cancers) avec une moyenne d’âge des morts listées en 2016 sur Wikipédia à 80,5 ans (et une médiane à 85 ans).

Et même si mourir c’est bien triste, avec une moyenne d’âge aussi haute, l’ordre naturel des choses semble être respecté… Il est néanmoins indéniable que de nombreux idoles et figures de la pop-culture, particulièrement des musiciens, nous ont quitté cette année. Et s’il y avait un coupable parfait ? Un lien qui unirait les maccabés célèbres de l’hécatombe 2016 ?

Le lien entre la plupart de ces morts est si simple qu’il crève les yeux : il s’agit en majorité d’artistes phares de la génération des baby-boomers (1945-1975), et qui n’avaient -contrairement à beaucoup de leurs pairs- pas cassé leur pipe lors de leurs -excès de- jeunesse  (cf. Janis Joplin, Brian Jones, Marvin Gaye et consorts).

Lou Reed (mort en 2011), Michael Jackson (mort en 2009), ou encore Lemmy de Motorhead (2015) sont autant de warnings que la génération des baby-boomers commencent à s’éteindre et que nous ne sommes donc pas prêt de ranger nos mouchoirs…

Si nous sommes si nombreux à être touchés, c’est parce que ces personnalités sont les premières de la mondialisation moderne et des médias de masses, la dernière vague culturelle en date à avoir eu une portée transgénérationnelle et interculturelle aussi forte. Si certains d’entre vous ont grandi dans le culte des combats de Cassius Clay ou de Castro, personnellement j’ai été bercé par les cassettes gamin de Léonard Cohen et Bowie et les BD de Gotlib, autant de références culturelles transmises par mes parents. Et c’est avec un chagrin immense que nous assistons à la disparitions des grandes personnalités de LEUR génération.

Pourtant n’oublions pas la mort la plus tragique de ce cortège funèbre était jeune, sauvage. Un être plein de vie abattu lâchement dans la force de l’âge : adieu bel Harambe !

 

2016, année de catastrophes politiques ?

Et c’est là que nous touchons au vif : la guerre, les élections américaines, le Brexit, les primaires françaises, le terrorisme et cette impression récurrente : ”Bon sang, mais où va le monde ?”.

Ces sujets sont riches et méritent d’être étudiés de prêt pour ne pas tomber dans le banal, le déjà dit ou le discours consensuel.

Pris dans leur ensemble, ils marquent un repli du monde occidental sur lui-même. La plupart des grands pays occidentaux semblent coincés dans la dichotomie d’une classe dirigeante traditionnelle qui se cramponne tant bien que mal à son pouvoir politique et économique, et une exaspération des couches moyennes et inférieures de la société qui réclament des réponse efficientes aux frustrations générées par deux crises majeures : la crise économique tout d’abord  qui ne cesse de trouver de nouveaux relais, et la crise politique causées par des modèles de sociétés qui péréclitent.

Le clivage habituel droite/gauche se polarise sur des fractures de plus en plus à vif : urbains vs ruraux, libéraux vs protectionnistes, jeunes vs âgés, féministes vs machos … Le Brexit ou l’élection de Trump en sont des signes évidents : dans le premier cas, les jeunes ont voté pour rester dans l’union et dans le second les campagnes ont montré leur exaspération d’être oubliées par les villes.

Et les perspectives ne sont pas plus réjouissantes en politique internationale : la Syrie et l’Irak sont toujours en état de guerre, le flux de migrants vers l’Europe est discontinue, l’Italie couve une crise économique comme une mauvaise grippe… Ajoutez à cela l’instabilité politique brésilienne, la Corée du Nord et ses tests de missile, la Turquie de Erdogan et j’en passe.

Oui, des pages importantes de l’Histoire se sont écrites….
Et de nouvelles se préparent dans des perspectives guère réjouissantes.

Mais pas de quoi dramatiser, tout est une question de perspectives : malgré toutes les violences, les conflits et le terrorisme, le monde reste globalement en paix. Si vous pensez que 2016 a été une année difficile, ouvrez un livre d’histoire ! Il y a 100 ans nous étions en pleine guerre mondiale ; il y a 50 ans les Américains envoyaient près de 400 000 soldats au Vietnam, 4 ans après avoir frôlé la guerre nucléaire avec l’URSS à Cuba. Il y a 30 ans Tchernobyl explosait, premier et seul accident nucélaire de niveau 7 (NDR : le plus grave, portée mondiale)… Jusqu’à celui de Fukushima en 2011.

Et pourtant, comme l’écrit l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress (2016), la grande majorité des grands indicateurs mondiaux pointent dans la bonne direction : la population de la terre est globalement moins pauvre, en meilleure santé, plus intelligente et ouverte… Mais ça n’est pas le genre titre d’article qui fait réagir et c’est peut-être pour cela que l’on en parle moins…

2016, une année sensationnelle

S’il y a un grand vainqueur de l’année 2016, il s’agit des media.

L’information n’a jamais été aussi abondante et fluide, et nous devons prendre en compte ce facteur pour mieux comprendre notre ressentiment contre 2016.

Il existe aujourd’hui une compétition transmedia qui force plus que jamais à faire du chiffre, à capter un maximum l’attention.

Certes, cela ne change rien aux événements tragiques de 2016, mais la façon dont nous y réagissons est -selon moi- fortement portée par deux dynamiques :

1- Les media se battent pour votre attention.

2- Nous existons par le partage d’information sur les réseaux sociaux.

Et dans cette lutte pour l’attention, réussir à créer l’engagement chez le consommateur d’information est une clef de voûte. Pour mieux comprendre comment les média calibrent leurs titres et leurs angles, Ze Frank (créateur de Buzzfeed) a une typologie simple qui explique pourquoi nous partageons un contenu sur Facebook ou Twitter :

Contenu identité : “Ce contenu dévoile mon identité mieux que je ne le ferai moi”

Contenu émotion : “Ce contenu me fait ressentir X chose”

Contenu social : “Cette information est importante dans ma compréhension du monde”

Dans notre monde globalisé souffrant d’infobésité, ceci donne lieu à des deuils ou indignements collectifs et c’est sans doute un bien : nous nous réunissons autour de moments forts qui nous poussent à nous rapprocher pour faire front à l’horreur, à l’insoutenable ou pour honorer la mémoire de nos morts.

Mais la compétition médiatique a également l’art de mettre en scène le pire pour lui donner des proportions cataclysmiques (au passage, ça existe depuis longtemps et ça s’appelle du journalisme jaune). Pire, l’explosion des “Fake News” (ou infaux) complique la lisibilité de l’actualité. Et enfin, l’entertainment (le loisir) occupe une place toujours plus importantes dans nos sources d’informations, et donne une visibilité disproportionnée aux nouvelles cocasses et rubriques “chiens écrasés”.

Cette conjonction de facteurs aboutit à nous donner une image faussée du monde au quotidien. L’optimisation marketing des media entretient nos craintes, nos colères et nos frustrations car ce sont des leviers puissants pour nous encourager à cliquer ou intéragir. Sans dire que nous sommes tous manipulés (parce que c’est de la paranoïa excessive), on peut dire que nous sommes tous victimes de notre (dé)goût pour les mauvaises nouvelles.

Parce qu’il s’est aussi passé de très belles choses en 2016 !

 

2016 a aussi du bon

Certes, tout n’est pas rose. Aucune année ne l’est. Néanmoins, 2016 ne mérite pas son titre de “Worst Year Ever” (pire année de l’Histoire) pour notamment cette liste de raisons :

16 Janvier : L’Agence Internationale de l’Energie Atomique annonce que l’Iran a effectivement démantelé son programme d’armement atomique.

11 Février : La science fait un bond en avant avec la première observation des ondes gravitationnelles confirmant la théorie d’Albert Einstein et ouvrant la porte à une nouvelle forme d’astronomie

12 Février : Le Pape François 1er et le Patriarch Kirill signe une déclaration oeucuménique lors de la première rencontre des leaders de l’Eglise catholique et de l’Eglise orthodoxe depuis le schisme de 1054.

3 Avril : L’affaire des Panama Papers explose et jette la lumière sur les malversations financières de puissant de ce monde, depuis les stars d’Hollywood aux hommes politiques de grands pays comme la France ou la Chine.

3 Septembre : La Chine et les Etats-Unis, responsables de 40% des émissions de carbone de la planète, signent les accords de Paris.

24 Novembre : Un accord de paix est signé entre le gouvernement de Colombie et les FARC, mettant fin à 52 ans de conflit armé.

Mais ce n’est pas tout, l’homosexualité est devenue légale au Botswana, Belize, Benin, Nauru, et aux Seychelles. La polio a disparu d’Afrique et le malaria d’Europe.

Globalement le monde est devenu plus riche et l’espérance de vie moyenne augmente.

Enfin, pour revenir aux fractures sociales susmentionnées, particulièrement celles liées à la religion, au sexe ou au racisme, elles montrent que la société soulève de questions qui feront avancer l’humanité en mettant sur la table avec véhémence des sujets qui étaient jusqu’à présent glissés sous le tapis.

 

Des problèmes à résoudre en 2017

Il reste cependant des points noirs au tableau : l’écologie si elle semble sur la voie d’un progrès lent reste préoccupante. Les émissions de CO2 se sont stabilisées en 2016 mais le climat continue de s’emballer et la liste des espèces menacées s’allonge démesurément…

Mais comme le montre l’adoption progressive de modes de consommation et de production durables par la société, l’espoir reste présent.

Dans La Civilisation des Moeurs le sociologue Norbert Elias démontre que nos comportements sociaux progressent à travers la codification sociale de ce qui est acceptable et bienséant. Et nous avons globalement déjà établi des codes pérennes concernant la violence (qui est désormais un monopole d’Etat au travers de la police et de l’armée) ou de la solidarité. Nous écrivons de nouvelles pages et de nouveaux codes en ce moment même par nos rejets du sexisme, de la consommation non-durable ou du racisme.

Vous l’aurez donc compris (si vous le ne saviez pas déjà), au-delà des actualités sensationnelles des media le progrès humain est un travail de fourmi dont nous sommes tous acteurs : se battre activement tous les jours et à notre échelle contre ce que nous percevons comme injuste reste le moyen le plus efficace (même si souvent imperceptible) de faire la différence sur le long terme. Nous sommes les premiers acteurs du progrès.

Alors arrêtez d’acheter chez H&M, réparez votre grille-pain au lieu d’en racheter un et dénoncez la différence de salaire entre vos collègues de sexes différents si vous voulez un monde meilleur en 2017… Et pourquoi pas ne pas vous engager auprès d’une association dans une cause qui vous tient particulièrement à coeur ? C’est bientôt l’heure de prendre de bonnes résolutions !

De toute façon, 2016 ne peut pas être une si mauvaise année… Après tout, c’est cette année que l’on a découvert que les licornes étaient (presque) réelle !

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