SCH, MHD, PNL : le nouveau WTF de la scène rap française

 

SCH, MHD, PNL,  ces jeunes rappeurs à trois lettres trollent admirablement le web avec des productions de qualité, et des textes plus ou moins inspirés. Décryptage d’un triptyque calligraphique qui fait sa place à grands coups de spontanéité.

 

Rappeurs, dealers, jeunes de quartier, mafiosos du dimanche, « ambianceurs » de soirée, ou autres fans de foot encore plus calés en communication que BETC. Sans oublier que ces jeunes sont tellement connectés qu’ils font passer le CM de Konbini pour une grand-mère qui découvre Facebook. Les petits gars cachés derrière les patronymes SCH, MHD et PNL pondent des tubes aussi facilement que le voisin du deuxième tache son slip. Mais comment fonctionne cette machine à clique ?

D’abord, un nom court et simple, à l’instar de la nouvelle tendance sur les réseaux sociaux où les voyelles sont retirées, ces rappeurs ne jurent plus que par la consonne. Une mouvance qui a émergé dans un autre registre, celui de l’Electro : SCNTST, BRNS, SBTRKT et MGMT ont également tracé la voie vers ces nouveaux patronymes à trois lettres. Trois consonnes qui vont de paire avec trois piliers lexicaux, pour la forme.

Le Sport, enfin le Foot

Les rappeurs à trois lettres, sont issus d’une ville qui porte en son sein une culture football. Des supporters dans l’âme, que ce soit Marseille ou Paris, chacun clame son amour pour sa ville et son équipe. MHD, et son titre Afro Trap Part 3 – Champions League, qui cumule à plus de 18 millions de vues le prouve. Sur une production de Rob White, africaine, solaire, et punchy, le jeune de 21 est devenu, « intouchable comme Verrati ou Motta ».

D’une manière plus « poétique », Rebenga, de PNL joue sur les aspirations de la jeunesse de quartier à devenir des stars du ballon rond. Le duo joue des codes du football pour mettre en garde les futures générations « Te trompes pas d’but … fais pas l’CSC ». A coté de PNL, l’autre rappeur à cheveux long, SCH, n’est « pas un rappeur des chichas », il « représente » Marseille, l’Italie, terres de football par excellence.

 

Pour être un rappeur de la culture foot, il faut également avoir l’adoubement des joueurs, à l’instar de Rabiot qui fête un but avec « La Moula », pas de danse de MHD. Ou encore l’attaque Marseillaise, qui concrétise une action réussi (c’est rare cette année) avec pour conclusion le « geste de reconnaissance » de JUL, autre rappeur à triptyque auréolé de disques d’or et de platine.

 

 

La thune 

« Se lever pour 1.200€ c’est insultant ! », cette punchline qui s’est gambadée sur les pancartes des dernières manif est tiré, du projet A7, de SCH, certifié disque d’or. Le fric mène le monde avec une puissance inégalée. Il rend puissant, nostalgique et dépressif, à l’instar des frères PNL, aka Peace and Lovés. Deux dealers « autant obsédé par l’agent », qu’ils sont « totalement pétés ». C’est d’ailleurs le troisième pilier…

 

La « Pe-fra »

Il fut un temps où « pe-fra » aka la frappe signifiait : petit délinquant, petit voyou minable, vaurien, fainéant, et consorts…

Le plus souvent, dans l’argot moderne la frappe qualifie le bon haschich ou cannabis. L’expression s’étend aux autres drogues et, par extension, à toute chose de bonne qualité. Le mot revient donc souvent dans les textes de rap français pour parler, la plupart du temps, de drogue, mais aussi de musique, de paroles ou de punchlines.

Donc, entre l’auteur d’AfroTrap, qui lâche de la « pe-fra » a tour de bras, un duo qui utilise ses galettes pour transformer la vente au bas de la tour en commerce nationale, la drogue est un mode de vie. « Viens prendre ta cons’ » avec PNL, dévoile des VRP tellement sympas qu’ils servent « même le week-end. » Enfin le dernier larron, enfume son public avec une « drogue prohibée » et il « monte aux Pays-Bas fumer l’PIB »….

 

En réalité, ces trois entités artistiques ont autant de point commun qu’un dealer dépressif, qui utilise avec brio antanaclase, oxymore et paronomase, un mafioso de club adepte du Babyliss et un jeune qui ranime l’esprit de Mafia K’fry avec spontanéité et facilité déconcertante. Les thématiques/piliers notifié(e)s plus haut sont des thèmes récurant dans le hip-hop, moderne, mais la manière de travailler, de façon indépendante, avec une production léchée, pour que le texte serve la musique et non l’inverse, c’est d’une fraicheur particulière dans le hip-hop français. Les Young Thug à la française sont dans la place…

 

 

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